Tu es assis sur une chaise, devant tes mains vieillies.
Tu viens de t'asseoir et tu commences à comprendre, après tant d'années, que le réveil sonnera bientôt pour la dernière fois. Tu commences à comprendre que tout n'est plus comme avant, que le tapis de tes vertes années jaunit sans distinction de saisons ... Tu es posé face à l'inéluctable dans cette pièce vide avec son tabouret de bois mort et un miroir. La lumière entre par une rangée de stores qui découpent l'espace en rainures. Avec le temps, tes yeux s'assombrissent ; le contact se fait. Tu n'as plus rien : tes amis sont partis, tes actes ont perdu la folie de tes rêves, ton jardin dépéri. Plus rien ne peut t'épauler désormais. Il n'y a plus de volte-face, plus de retraite. Le gouffre du temps s'est ouvert et tu prends peu à peu conscience qu'on ne t'aidera pas...
Les saveurs et les sons affadis te paraissent lointains. Des flaques sales infusées de souvenirs. Aux apparitions succèdent des rêveries dénuées du charme sauvageon de l'enfance. Le passé forme une réalité rance et exhaustive. Tu ne vis rien que tu n'aies déjà vécu. Les habitudes qui forment ton quotidien s'amoncellent en contraintes épuisantes et le poids du réel ne cesse de t'accabler. Il y a comme une odeur de fin dans ce combat résigné.
Tu es seul, au milieu d'un rectangle qui enserre toute ta misère humaine. Prostré en chien ; sur une chaise placée dans l'axe de la porte ; face au destin. Il n'y a personne pour porter ton fardeau, pour supporter tes tords. La réalité s'est effondrée autour de toi. Le vide de ton existence a supplanté ta joie. Ta vie se résume à une pièce grisâtre que des larmes d'eau sale ternissent de jours en jours. Tu n'oses plus voir ton reflet et tu en viens à te haïr. Où sont passés les beaux jours ? Leur aurais-tu tordu le cou ? Tu es fatigué, épuisé, détruit. Tu sais qu'on t'a oublié au fond d'un couloir triste, dans le fond de ta maison, elle-même perdue dans une banlieue infinie et monochrome... Tu n'es plus rien... Tu n'existes plus... De là, on ne t'entend pas crier. Et puis après ?...